Le Data Journalisme décrypté par une experte du secteur

Interview : Suzanne Galy nous parle du DataJournalismeLab et de sa vision du Data Journalisme

Diplômée de l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA), Suzanne Galy est journaliste numérique depuis 2007 à l’AEC (l’Agence Régionale des Initiatives Numériques) et, à ce titre, rédactrice en chef du magazine Aquitaine numérique et du site www.aecom.org.

Intervenante à l’institut de journalisme de Bordeaux de 2008 à 2011 pour l’accompagnement des étudiants de M1 dans l’organisation des Débats Numériques, elle y conçoit et coordonne en 2012, en collaboration avec Edith Rémond, directrice pédagogique, le DataJournalismeLab dont elle nous parle aujourd’hui.

Qu’est ce que le DataJournalismeLab ?

Le chef de file du projet est l’institut de journalisme de Bordeaux, qui, en partenariat avec l’AEC a souhaité faire un module pédagogique sur le Data Journalisme. L’objectif du DataJournalismeLab était la formation d’étudiants au journalisme de données, à la culture des données, à l’Open Data et aux outils techniques sur le traitement de données. Il s’agissait d’un travail de collaboration avec des graphistes et des développeurs afin de découvrir des compétences, des métiers, et une culture complètement différents des leurs.

Un travail de 4 mois a donc été lancé de janvier à avril encadré par une équipe solide formée de Suzanne Galy et Edith Rémond pour la partie Data Journalisme et de Pascal Bonnefon, graphiste web et journaliste indépendant et Olivier Pichon, ingénieur web informatique du groupe SII.

L’équipe d’encadrement a géré 46 étudiants : 36 de l’IJBA associés à 4 étudiants graphistes et 6 étudiants développeurs d’autres écoles bordelaises.

Ces étudiants se sont associés au projet par intérêt pour le journalisme de données et la data visualisation, ce module n’a pas été inclus dans le programme pédagogique de leur formation, ils ont donc travaillé sur leur temps libre. Vous pouvez découvrir les productions réalisées par les étudiants sur le site datajournalismelab.fr.

Afin de présenter l’expérience et d’encourager d’autres initiatives comme celle-ci, un modus operandi a été rédigé et sera bientôt disponible sur le site : un document de 20 pages où toute l’opération est racontée, les difficultés rencontrées, les enseignements pédagogiques, la mise en œuvre d’un dispositif de production de data visualisation y sont présentés. Il est destiné aux écoles de journalisme mais aussi aux agences de presses afin de leur présenter un vrai retour d’expérience.

 

Quel est le futur du DataJournalismeLab ?

La suite du DataJournalismeLab n’est pas définie, elle dépend de l’institut de journalisme de Bordeaux. La question principale sur son futur est : va-t-elle poursuivre l’opération sous cette forme ? Si la question se pose, l’idée d’abandonner une formation des étudiants au journalisme de données n’est cependant pas envisagée. Cependant, la forme de l’apprentissage sera peut-être différente. En effet, le DataJournalismeLab est une expérience pionnière sur une nouvelle manière d’enseigner le journalisme de données. Le but était aussi de transmettre cette expérience, et d’aider les autres écoles de journalisme à se lancer, ainsi que les entreprises de presse; d’où la transparence de l’opération : tout est disponible sur datajournalismelab.com : genèse du projet, documents pédagogiques, ressources, outils mis en place (tableur pour la gestion de projet par exemple).

 

Quels sont les enjeux à venir du Data Journalisme ?

L’enjeu principal est de mettre en oeuvre une nouvelle manière de traiter l’information, pour cela, il faut passer par la formation.

Si les entreprises de presse sont très intéressées par le journalisme de données, elles ont une vraie difficulté à s’y mettre, car il est difficile à mettre en place dans les rédactions. Tout le challenge est donc dans la réussite de la mise en œuvre du journalisme de donnée.

En effet, la presse écrite a peu de marge d’investissement, c’est pourquoi il est difficile de recruter de nouveaux profils dans les rédactions. Aujourd’hui, seuls les journalistes y sont présents, les nouvelles compétences de l’exploitation des données y sont absentes. Le futur des rédactions se compose de développeurs, informaticiens, graphistes, web designer, statisticiens…

L’enjeu pour les entreprises de presse est de rentrer dans cette culture de l’innovation, en recomposant leurs rédactions pour innover, se mettre en mode d’expérimentation et de test pour réinventer le traitement de l’information afin de pallier la crise de la presse. La solution est l’innovation et pas uniquement dans le journalisme de données.

En effet, ces démarches d’innovations sont encore très peu répandues, peu de rédactions sont dans ce mouvement de réinvention. 

Le Modus Operandi du DataJournalismeLab montre que l’expérience a abouti : le travail de 45 étudiants débutants en journalisme a prouvé qu’en mettant en place des modules d’expérimentation, il est possible d’obtenir des résultats intéressants. Aux rédactions de suivre cet exemple et de se former au journalisme de données.

 

Comment ça se passe à l’étranger, la France est elle en retard ?

On ne peut pas dire que la France est en retard. Le retard est relatif à l’émergence du mouvement Open Data et de celui du Data Journalisme, partis des pays Anglo-Saxons. Les innovations sortent la plupart du temps des Etats-Unis et sont ensuite découvertes par « la vieille Europe ».

Si il n’y a pas un retard marquant, il faut tout de même innover, si les rédactions ne se lance pas, ne prennent pas le train en marche, alors un retard sera pris.

Le site Owni a été très réactif et est l’un des rares à faire du Data Journalisme, la tendance est lancée, au rédactions de poursuivre le mouvement!

 

Merci à Suzanne Galy pour le temps qu’elle a consacré à 123OpenData.com