Facebook, pas si narrow-data-minded que ça!

Dans le cadre du projet opencompute.org, dont l’objectif est de construire l’une des infrastructures informatiques les plus efficaces et rapides à un coût financier et énergétique le plus bas possible, Facebook a décidé d‘ouvrir ses centres de données aux développeurs web. « Oui et alors? » me direz vous. Alors, c’est tout de même une avancée incroyable pour cette entreprise qui a été de maintes fois accusée de faire exprès de rendre la demande d’accès aux données difficile en ignorant volontairement le délai légal qui lui impose de répondre à la demande des clients en moins de 40 jours.

Ainsi, pour faire taire les critiques, Facebook a adopté une approche open-source en offrant l’opportunité à des développeurs de voir et reproduire ses serveurs de leurs « data centers ». Selon un employé du réseau social, le but est de « développer des serveurs et des centres de données [qui contiennent des milliers de disques durs et ces serveurs informatiques empilés dans des chambres réfrigérées] en suivant le modèle traditionnellement associé à des projets de logiciels libres ». Ainsi, le groupe a décidé de « collaborer avec l’ensemble de l’industrie, pour partager ces technologies, alors qu’elles évoluent ». En partageant ces informations stratégiques, Facebook est persuadée qu’elle peut contribuer à améliorer les data centers partout dans le monde. « C’est une bonne chose pour Facebook, mais également pour les nouvelles entreprises qui doivent traiter un grand nombre de données » a déclaré Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook. « Nous essayons de favoriser un écosystème dans lequel les développeurs peuvent mettre facilement sur pied des start-ups, et nous pensons que, en partageant ce savoir-faire, nous allons aider à rendre cet écosystème plus efficace et favoriser sa croissance » a-t-il ajouté.

En adoptant cette approche open-source en s’inspirant du logiciel libre (open hardware) pour inciter les intervenants extérieurs à contribuer au projet, la première étape « est de mettre à disposition les spécifications et les schémas techniques. La seconde étape est de travailler avec la communauté pour les améliorer. L’entreprise peut alors catalyser l’énergie et le savoir-faire d’un plus grand écosystème de programmeurs et d’ingénieurs toujours avec une visée d’encore plus de profit. Et oui, dans ce monde cupide, ça marche au donnant-donnant! Mais l’objectif d’Open Compute est aussi de rendre ces concepts disponibles à d’autres groupes informatiques, le projet impliquant notamment les fabricants d’ordinateurs Hewlett Packard et Dell ainsi que les fabricants de semi-conducteurs Intel et Advanced Micro Devices (AMD).

En s’engageant ainsi à s’ouvrir, Facebook s’engage dans une nouvelle compétition avec les données comme chevaux de guerre et les centres de données comme arène de compétition et montre qu’il compte avoir un poids prépondérant dans le domaine du matériel informatique. Selon Richard Fichera de l’institut Forrester, ce secteur « a longtemps été enveloppé de secret, avec des acteurs majeurs comme Google et Amazon, qui ne donnaient que des bribes d’informations sur leur infrastructure, considérant que cette information est sensible, face à la concurrence. Facebook a certainement inversé cette tendance ». Mieux encore, le projet Open Compute semble avoir tellement séduit les communautés gravitant autour du data center, du matériel au logiciel en passant par les fournisseurs et utilisateurs, que Facebook a décidé de structurer celui-ci autour d’une fondation, The Open Compute Project Foundation, permettant de diversifier la portée du projet et symbolisant l’évolution et le succès des data centers.

Google, pour seul exemple, qui gardait jusque-là jalousement ses technologies, est donc forcé de procéder de la même manière que Facebook en ouvrant non seulement ses logiciels et algorithmes de recherche, mais aussi ses serveurs et  centres de données pour lui aussi créer un large écosystème en suivant le modèle associé à des projets de logiciels libres.

Malgré la controverse encore actuelle concernant l’accès aux données privées, Facebook est bien un acteur de l’Open Source et fait avancer les choses. On peut au moins remercier l’entreprise sur ce point.