Open Data: Une Transparence Démocratique encore… transparente!

Défini comme LE bénéfice de l’Open Data pour les citoyens, ses effets sur la transparence de l’action publique se font pourtant toujours attendre…

En Saône-et-Loire, département pionnier de ce phénomène avec sa mise en ligne du plus gros volume de données budgétaires jamais réalisée par une collectivité en septembre 2011, après près de huit mois, le constat est on ne peut plus clair: « Pour la partie transparence de l’action publique, nous avons créé les conditions préalables avec un site web dédié afin que les citoyens sachent où chercher, mais nous n’en avons pas encore perçu tous les effets« (Pierre Martinerie, conseiller général chargé de l’économie et du développement durable).

En effet, et cette constatation est la même pour toutes les collectivités françaises ayant rejoint le mouvement Open Data, les résultats sont encore très maigres concernant les propositions d’amélioration de la gestion publique, et ce malgré de fortes attentes. Notamment, toujours en Saône-et-Loire, c’est la consultation de cartes postales numérisées qui est demandée par les internautes et d’une manière générale, la plupart des applications qui découlent de cette libéralisation de données, transformées en informations, sont liées au tourisme et au transport.

Mais selon Philippe Ourliac, délégué général de l‘Observatoire des Territoires Numériques (OTEN), il n’y a pas de quoi s’inquiéter et une remise en question des effets de l’Open Data n’a pas lieu d’être car « pour parvenir à une véritable transparence de l’action publique, on doit entrer dans une phase d’ouverture massive des données dans toutes les collectivités et les administrations. Il faut laisser retomber le soufflet et que chaque collectivité définisse une politique de réutilisation selon ses priorités ».

Cette culture reste donc encore à diffuser à travers toute la France pour que ce mouvement prenne de l’ampleur et trouve la place qu’il mérite. Les données mises en ligne sont disparates, sans trop de cohérence, et dans des formats qui ne répondent pas toujours aux exigences techniques des militants. « La dynamique est née dans les directions des technologies de l’information et de la communication, et des systèmes d’information géographique, mais la culture de la donnée est encore peu développée dans les autres directions. Les acteurs locaux de la démocratie participative ne savent pas eux-mêmes quel usage ils peuvent faire de ces données », remarque même Amandine Brugière, chef de projet d’un programme de réutilisation des données publiques à la Fondation internet nouvelle génération (FING).

Pour pallier ce problème, de nombreux acteurs de l’Open Data comme la FING ou LiberTIC tentent d‘élargir le public concerné et sensibiliser des « associations non geeks » qui réfléchissent désormais aux innovations démocratiques, en exemple, la Semaine européenne de l’Open Data, organisée en ce moment-même (du 21 au 26 mai 2012) à Nantes, occasion de débattre et partager ses idées, ses projets et les premières expériences d’appropriation par ces associations. De son côté, le département de Saône-et-Loire réfléchit aux passerelles à mettre en place pour relier son « entrepôt » de données à sa plateforme participative Sirius 71, qui recueille les idées des habitants pour l’évolution du département.

Aussi, et malheureusement, tous les acteurs concernés par l’Open Data ne jouent pas le jeu.« A Paris, par exemple, nous essuyons le refus de la mairie de mettre en ligne les données sur la présence des élus au conseil municipal. Il n’est pas simple, non plus, d’obtenir la localisation des bureaux de vote pour réaliser la carte des résultats des élections quartier par quartier »constate avec regrets Tangui Morlier, cofondateur de Regards citoyens, association reconnue pour ses applications de suivi de l’activité des élus au Sénat et à l’Assemblée nationale.  les demandes spontanées des premiers réutilisateurs sont loin d’être satisfaites. Mais avec la proposition de loi avancée par la commissaire chargée de lagenda numérique auprès de l’Union Européenne, Neelie Kroes, les États membres de l’Union Européenne et donc les administrations publiques de chaque pays vont avoir l’obligation de rendre publiques et donc disponible sous des formats numériques toutes leurs données.

« Au-delà de l’open data, nous nous préparons au big data, c’est-à-dire l’analyse de données détenues à la fois par le secteur public et ses partenaires privés », confie Laurent-Pierre Gilliard, directeur général adjoint d’Aquitaine Europe Communication, l’agence numérique de la région. Ainsi, et c’est on ne peut mieux expliqué par Simon Chignard, vice-président de la Cantine Numérique Rennaise  et auteur du livre Open data. Comprendre l’ouverture des données publiques, « Les données relatives à l’énergie, l’eau ou la collecte des ordures ménagères seront croisées avec celles des collectivités pour produire des cartographies quartier par quartier, type d’habitat par type d’habitat. Avec des données proches de son quotidien, le citoyen disposera des indicateurs pour juger de la pertinence des politiques engagées par les élus et, à l’heure des réseaux sociaux, du moyen de partager ses sources. Tout comme il a disposé quasiment en temps réel des vérifications des chiffres énoncés par les candidats à la présidentielle lors du débat télévisé qui les a opposés le 2 mai ».

Tout n’est donc que patience, la transparence démocratique favorisée par l’Open Data n’est aujourd’hui qu’encore virtuelle mais elle tend à devenir une évidence. Attention, elle arrive!