Ferdinand de Lesseps

DiplomaticEdit

En 1828, Lesseps est envoyé comme vice-consul adjoint à Tunis, où son père est consul général. Il aida à la fuite de Youssouff, poursuivi par les soldats du Bey, dont il était l’un des officiers, pour infraction à la loi du sérail. Youssouff reconnaîtra cette protection d’un Français en se distinguant dans les rangs de l’armée française lors de la conquête française de l’Algérie. Lesseps est également chargé par son père de missions auprès du maréchal comte Bertrand Clausel, général en chef de l’armée d’occupation en Algérie. Le maréchal écrit à Mathieu de Lesseps le 18 décembre 1830 : « J’ai eu le plaisir de faire la connaissance de votre fils, qui donne la promesse de soutenir avec beaucoup de crédit le nom qu’il porte. »

En 1832, Lesseps est nommé vice-consul à Alexandrie. Pendant que le navire, dans lequel Lesseps s’embarquait pour l’Égypte, était en quarantaine au lazaret d’Alexandrie, M. Mimaut, consul général de France à Alexandrie, lui envoya plusieurs livres, parmi lesquels se trouvait le mémoire écrit sur l’ancien canal de Suez précédemment comblé et abandonné, selon les instructions de Napoléon Bonaparte, par l’ingénieur civil Jacques-Marie Le Père, l’un des membres scientifiques de l’expédition française.

Ce travail frappa l’imagination de Lesseps, et fut l’une des influences qui lui donna l’idée de construire un canal à travers l’isthme africain. Heureusement pour Lesseps, Muhammad Ali, le vice-roi d’Égypte, devait sa position en partie aux recommandations faites en son nom au gouvernement français par Mathieu de Lesseps, qui était consul général en Égypte lorsque Ali était colonel. Grâce à cela, Lesseps reçoit un accueil chaleureux de la part du vice-roi et devient bon ami avec son fils, Saïd Pacha. Sur le plan politique, les Britanniques sont alliés à la capitale ottomane d’Istanbul – pour empêcher les Russes d’accéder à la mer Noire et à la mer Méditerranée – et ont également repoussé la tentative d’Ali d’envahir la capitale ottomane en 1833. Les Français ont pu manœuvrer en Égypte sous les grâces d’Ali en jouant de l’agression britannique contre Ali à Istanbul.

En 1833, Lesseps est envoyé comme consul au Caire, et peu après se voit confier la direction du consulat général d’Alexandrie, poste qu’il occupe jusqu’en 1837. Pendant son séjour en Égypte, il rencontra et fut influencé par Barthélemy Prosper Enfantin, qui travaillait sur un barrage au nord du Caire pour Ali tout en prêchant pour une union de la Méditerranée et de la mer Rouge. Pendant son séjour, une épidémie de peste se déclare et dure deux ans, entraînant la mort de plus d’un tiers des habitants du Caire et d’Alexandrie. Pendant ce temps, Lesseps allait d’une ville à l’autre avec zèle et énergie. Vers la fin de l’année 1837, il rentre en France et épouse le 21 décembre Agathe Delamalle (1819-1853), fille du procureur du gouvernement près le tribunal d’Angers. Par ce mariage, de Lesseps devient le père de cinq fils : Charles Théodore de Lesseps (1838-1838), Charles Aimé de Lesseps (1840-1923), Ferdinand Marie de Lesseps (1842-1846), Ferdinand Victor de Lesseps (1847-1853) et Aimé Victor de Lesseps (1848-1896).

En 1839, de Lesseps est nommé consul à Rotterdam, puis transféré l’année suivante à Malaga, la maison ancestrale de la famille de sa mère. En 1842, il est envoyé à Barcelone, et peu après, il est promu au grade de consul général. Au cours d’une insurrection sanglante en Catalogne, qui se termine par le bombardement de Barcelone, de Lesseps offre sa protection à de nombreux hommes menacés par les combats, quelles que soient leurs sympathies factionnelles ou leurs nationalités. De 1848 à 1849, il est ministre de France à Madrid.

En 1849, le gouvernement de la République française envoie Lesseps à Rome pour négocier le retour du pape Pie IX au Vatican. Il a essayé de négocier un accord par lequel le pape Pie pourrait revenir pacifiquement au Vatican, mais aussi en assurant le maintien de l’indépendance de Rome. Mais, pendant les négociations, les élections en France entraînent un changement dans la politique étrangère du gouvernement – Alexis de Tocqueville remplace le précédent ministre des affaires étrangères. Le cours de Lesseps est désapprouvé ; il est rappelé et traduit devant le Conseil d’État. Louis-Napoléon avait besoin d’un bouc émissaire et Lesseps était une cible facile. Lesseps fut accusé de causer le déshonneur de l’armée française et fut censuré bien qu’on ne lui ait pas dit de quitter le ministère des Affaires étrangères.

Lesseps fut créé le 30 août 1851 le 334e commandeur puis le 200e grand-croix de l’ordre de la Tour et de l’Épée.

Lesseps se retira alors du service diplomatique et n’occupa plus jamais aucune fonction publique. En 1853, il perd sa femme et son fils Ferdinand Victor à quelques jours d’intervalle. En 1854, l’accession à la vice-royauté d’Égypte de Saïd Pacha donne à Lesseps une nouvelle impulsion pour agir en vue de la création d’un canal de Suez.

Canal de SuezEdit

Caricature de de Lesseps par André Gill, 1867.

Statue de Lesseps à l’entrée du canal de Suez, 1955 ; la main tendue indique que la voie est désormais ouverte vers l’Est.

La statue de Lesseps exposée aujourd’hui devant le Musée international du canal de Suez à Ismaïlia.

Lesseps avait correspondu au moins une fois avec la Société d’Études du Canal de Suez pendant le règne d’Abbas Ier en Égypte, mais Abbas avait fermé la majeure partie de l’Égypte à l’influence étrangère. Lors de l’assassinat d’Abbas en 1854, Lesseps se renseigne auprès d’une ancienne connaissance, bien que de courte durée, et de son successeur en Egypte, Saïd Pacha. Le 7 novembre 1854, il débarque à Alexandrie ; le 30 du même mois, Saïd Pacha signe la concession l’autorisant à construire le canal de Suez.

Un premier projet, initié par Lesseps, est immédiatement élaboré par deux ingénieurs français qui sont au service de l’Égypte, Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefonds dit « Linant Bey » et Mougel Bey. Ce projet, différent de ceux qui avaient été présentés précédemment ou qui s’y opposaient, prévoyait une liaison directe entre la Méditerranée et la mer Rouge. Après avoir été légèrement modifié, le plan est adopté en 1856 par les ingénieurs civils constituant la Commission internationale pour le percement de l’isthme de Suez. Encouragé par l’approbation des ingénieurs, Lesseps ne se laisse plus arrêter par rien. Il n’écoute aucune critique défavorable et ne recule devant aucun obstacle. Pas plus que l’opposition de Lord Palmerston, qui considère le projet de perturbation comme trop radical et dangereux pour la position commerciale de la Grande-Bretagne. Lesseps ne fut pas non plus découragé par les opinions entretenues, en France comme en Angleterre, selon lesquelles la mer devant Port-Saïd était pleine de boue qui obstruerait l’entrée du canal, et que les sables du désert rempliraient les tranchées.

Lesseps réussit à soulever le patriotisme des Français et à obtenir par leurs souscriptions plus de la moitié du capital de deux cents millions de francs dont il avait besoin pour constituer une société, mais ne put attirer aucun apport substantiel du public en Angleterre ou dans les autres pays étrangers. Le gouvernement égyptien souscrivit ainsi pour quatre-vingts millions de francs d’actions.

La Compagnie universelle du canal maritime de Suez fut organisée à la fin de 1858. Le 25 avril 1859, le premier coup de pioche est donné par Lesseps à Port-Saïd. Au cours des dix années suivantes, Lesseps doit surmonter l’opposition permanente du gouvernement britannique qui empêche le sultan d’approuver la construction du canal, et il doit même, à un moment donné, demander l’appui de sa cousine, l’impératrice Eugénie, pour persuader l’empereur Napoléon III de jouer le rôle d’arbitre dans les litiges. Finalement, le 17 novembre 1869, le canal est officiellement ouvert par le khédive, Ismail Pacha.

Maison et bureau de Ferdinand de Lesseps à Ismaïlia, près du canal de Suez

Tandis que dans l’intérêt de son canal Lesseps résistait à l’opposition de la diplomatie britannique à une entreprise qui menaçait de donner à la France le contrôle de la route la plus courte vers l’Inde, il a agi loyalement envers la Grande-Bretagne après l’acquisition par Disraeli des actions de Suez appartenant au Khédive, en admettant au conseil d’administration de la compagnie trois représentants du gouvernement britannique. La consolidation des intérêts qui en résulta, et qui fut renforcée par l’adjonction en 1884 de sept autres administrateurs britanniques, choisis parmi les marchands maritimes et les hommes d’affaires, augmenta, au bénéfice de tous, le caractère commercial de l’entreprise.

Lesseps s’efforça régulièrement de se tenir à l’écart de la politique. Si, en 1869, il semble s’écarter de ce principe en étant candidat à Marseille pour le corps législatif, c’est qu’il a cédé aux sollicitations du gouvernement impérial afin de renforcer sa bonne volonté pour le canal de Suez. Une fois cette bonne volonté manifestée, il n’éprouve aucune méchanceté à l’égard de ceux qui lui ont rendu sa liberté en lui préférant Léon Gambetta. Par la suite, Lesseps décline les autres candidatures qui lui sont proposées : au Sénat en 1876, et à la Chambre en 1877. En 1873, il s’intéresse à un projet d’union de l’Europe et de l’Asie par un chemin de fer jusqu’à Bombay, avec un embranchement vers Pékin. La même année, il devient membre de l’Académie des sciences française. Il encourage par la suite le commandant Roudaire, qui souhaite transformer une portion du Sahara en mer intérieure pour augmenter les précipitations en Algérie.

Lesseps accepte la présidence du comité français de la Société internationale africaine de Léopold II de Belgique. De ce poste, il facilite les explorations de Pierre Savorgnan de Brazza, et acquiert des stations que Brazza abandonne ensuite au gouvernement français. Ces stations sont le point de départ du Congo français. Lesseps fut élu membre honoraire étranger de l’Académie américaine des arts et des sciences en 1879.

Du 17 novembre 1899 au 23 décembre 1956, une statue monumentale de Ferdinand de Lesseps réalisée par Emmanuel Frémiet se dressait à l’entrée du canal de Suez.

Tentative du canal de PanamaEdit

Action de la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panama, délivrée le 29. Novembre 1880 – signé par Ferdinand de Lesseps

En mai 1879, un congrès de 136 délégués (dont Lesseps) réunis dans les salles de la Société de géographie à Paris, sous la présidence de l’amiral de la Roncire le Noury, se prononce en faveur de la création d’un canal de Panama, qui sera sans écluses, comme le canal de Suez. Lesseps est nommé président de la Compagnie du canal de Panama, alors qu’il a atteint l’âge de 74 ans. C’est à cette occasion que Gambetta lui confère le titre de « Grand Français ». Cependant, la décision de creuser un canal de Panama au niveau de la mer pour éviter l’utilisation d’écluses, et l’incapacité de la science médicale contemporaine à faire face aux épidémies de malaria et de fièvre jaune, condamnent le projet.

Perçage de l’isthme de Panama, médaille de Louis-Oscar Roty

En février 1880, Lesseps arrive à New York pour collecter des fonds pour le projet. Lorsqu’il séjourna à l’hôtel Windsor, son personnel fit flotter le drapeau français en son honneur. Il rencontre l’American Society of Civil Engineers et la Geographic Society lors d’une visite de la région. Lesseps se rend ensuite à Washington D.C., rencontre le président Rutherford B. Hayes et témoigne devant le House Interoceanic Canal Committee. Il se rendit ensuite à Boston, à Chicago et dans plusieurs autres villes américaines afin de susciter l’intérêt et de réunir des capitaux pour le projet.

En juin 1880, Lesseps prononça un discours à Liverpool où il put trouver le soutien d’un capitaine Peacock, qui estimait que le projet de canal méritait d’être soutenu car il offrirait des routes permettant de gagner du temps.

Lesseps se rendit avec son plus jeune enfant à Panama pour voir la voie prévue. Il estime en 1880 que le projet nécessitera 658 millions de francs et huit ans de travaux. Après deux ans d’études, les travaux du canal commencent en 1882. Cependant, les difficultés techniques liées à l’exploitation dans les tropiques humides ont entravé le projet. Les glissements de terrain récurrents dans les excavations depuis les collines saturées d’eau voisines et les décès dus à la malaria et à la fièvre jaune ont été particulièrement désastreux. Finalement, l’insuffisance de capital financier et la corruption financière ont mis fin au projet. La compagnie du canal de Panama se déclara en faillite en décembre 1888 et entra en liquidation en février 1889.

L’échec du projet est parfois appelé le scandale du canal de Panama, après que des rumeurs aient circulé selon lesquelles des hommes politiques et des journalistes français avaient reçu des pots-de-vin. En 1892, il est apparu que 150 députés français avaient été soudoyés pour voter en faveur de l’attribution d’une aide financière à la Compagnie du canal de Panama, et en février 1893, Lesseps, son fils Charles (né en 1849) et un certain nombre d’autres personnes ont été jugés et reconnus coupables. Lesseps a été condamné à payer une amende et à purger une peine de prison, mais cette dernière a été annulée par la Cour de cassation au motif que le crime avait été commis depuis plus de trois ans. Finalement, en 1904, les États-Unis ont racheté les actifs de la Compagnie et ont repris les travaux selon un plan révisé.

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