L’hypomanie comme véritable effet secondaire de la fluoxétine

À la rédaction : Le passage maniaque induit par les antidépresseurs est généralement observé chez les patients présentant des facteurs de risque de trouble bipolaire. Au contraire, les auteurs rapportent ici le cas d’un adolescent qui a développé une hypomanie induite par la fluoxétine mais qui ne présentait aucun facteur de risque de bipolarité. L’hypomanie pourrait être un véritable effet secondaire associé aux antidépresseurs comme la fluoxétine

La littérature suggère que les antidépresseurs peuvent précipiter la manie chez les patients souffrant de troubles unipolaires/bipolaires.1 Au cours de l’ère pré-médicamenteuse, la dépression légère spontanée après un épisode maniaque et l’hypomanie spontanée après un épisode mélancolique étaient courantes et n’avaient aucune incidence sur le diagnostic primaire.2 Les rapports précédents de manie/hypomanie induite par la fluoxétine concernaient principalement des patients souffrant de dépression.3,4 On peut affirmer que ces cas présentaient des épisodes maniaques naturels de trouble bipolaire. Au contraire, la fluoxétine a été argumentée pour être utile dans le trouble bipolaire II.5 Nous rapportons ici le cas d’un adolescent qui a développé une hypomanie sous fluoxétine sans aucun facteur de risque de passage maniaque.

Rapport de cas

Un garçon de 17 ans souffrait de céphalées de type tensionnel accompagnées de légers symptômes d’anxiété épisodiques. Son passé, sa famille et ses antécédents personnels étaient insignifiants. Il n’y avait pas d’antécédents suggérant des caractéristiques dépressives. On a commencé à lui administrer 20 mg de fluoxétine par jour et à lui faire faire des exercices de relaxation. Le patient s’est présenté à la consultation après 3 semaines et s’est plaint d’une diminution de son besoin de sommeil, d’une tendance à parler, d’une familiarité excessive, d’une augmentation de son niveau d’activité et d’un comportement exigeant au cours des 4 derniers jours. À l’examen, il présentait une activité psychomotrice accrue, un affect euphorique, des pensées rapides, des idées grandioses et une estime de soi exagérée. Aucun autre antécédent significatif n’a été évoqué. Tous ses paramètres biochimiques, y compris le scanner de la tête, étaient normaux. Un diagnostic d’hypomanie induite par la fluoxétine a été posé. La fluoxétine a été arrêtée et le clonazépam 1 mg a été commencé. Les symptômes hypomaniaques du patient se sont améliorés en l’espace d’une semaine. Il a ensuite été suivi, et il a continué à signaler des maux de tête. On a commencé à administrer de l’amitriptyline, dont la dose a été progressivement augmentée à 25 mg par jour. Le patient a été maintenu à cette dose pendant les 8 derniers mois sans aucune récurrence de l’hypomanie.

Discussion

Les rapports précédents d’hypomanie/manie sous fluoxétine concernaient des cas avec un diagnostic de trouble dépressif ou ceux présentant des facteurs de risque de trouble bipolaire.3,4,6,7. Le nôtre était un cas de céphalée de type tension avec des symptômes d’anxiété non spécifiques, et ne présentait aucune caractéristique de dépression ou aucun facteur de risque de trouble bipolaire.

Nous n’avons pu trouver que quelques rapports de cas de manie induite par les ISRS chez des patients souffrant de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) avec ou sans trouble de l’humeur.8,9 Le TOC est également couramment associé à un trouble dépressif, et la littérature récente a mis en évidence la comorbidité du TOC et du trouble bipolaire.10,11

La probabilité d’une manie ou d’une hypomanie ultérieure était faible dans ce cas, en raison de l’absence de divers facteurs de risque de trouble bipolaire.12,13 L’absence de trouble dépressif ou d’antécédents familiaux de trouble bipolaire, la corrélation temporelle entre le traitement par la fluoxétine et l’apparition de l’hypomanie, et la récupération rapide avec une faible dose de benzodiazépine après le retrait complet de la fluoxétine montrent qu’il s’agit d’un cas de véritable hypomanie induite par la fluoxétine.

Les points uniques de notre cas sont les faits que le patient ne présentait aucun trouble dépressif ou facteur de risque de manie et le fait que le patient avait été bien maintenu sous amitriptyline. Des rapports antérieurs ont suggéré que les antidépresseurs tricycliques comme l’amitriptyline sont plus souvent associés à un passage à l’acte maniaque que les ISRS.14 Le mécanisme biologique de la manie induite par les ISRS reste peu clair, bien que des mécanismes sérotoninergiques et catécholamines aient été impliqués.15

La céphalée de tension n’est même pas un facteur de risque probable de manie ou d’hypomanie induite par les antidépresseurs. On peut affirmer avec confiance que les rapports de cas précédents peuvent avoir eu un trouble bipolaire naturel et dans d’autres cas, la probabilité de manie ou d’hypomanie dans le futur ne peut être exclue.

Notre cas représente donc une véritable hypomanie induite par la fluoxétine. Davantage de rapports de ce type nous aideraient à différencier la manie ou l’hypomanie induite par le médicament d’un changement naturel.

Dept. of Psychiatry, Indira Gandhi Medical College, Himachal Pradesh, India e-mail : com.in

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